Nous sommes ici, il est maintenant. Vous connaissez sans doute le proverbe «- C’est l’occasion qui fait le larron. ». Non ? Pauvre conne inculte. Bref, donc si l’occasion fait le larron, on ne se réveille pas un matin avec une envie subite de trucider autrui. Il doit y avoir des signes avant-coureurs : changement de couleurs de chaussettes, mettre 1 sucre 2 tiers dans son café au lieu de ¼, se laver les cheveux de bas en haut au lieu du contraire, et pourtant, non, pas toujours de signes, on se lève, et paf !…

Encore un putain de matin de merde, d’un jeudi de merde, d’un octobre de merde, d’un 2015 de merde, d’une vie de merde. Voilà, dans sa substantifique moelle, l’état d’esprit de notre héros de page. Qui se lève lourdement pour aller faire son boulot de merde. Il supporte parce qu’il a un palliatif. Ça le défoule. Il ne voit pas la réalité comme vous et moi, mais il ne le sait pas. Tout ce que lui sait, c’est que c’est ça son palliatif, mais il ne sait pas que ce n’est pas un palliatif, mais la façon dont il voit réellement ce qui l’entoure. À priori, il compose avec, même sans le savoir, puisque les autres ne le remarquent pas. Son palliatif peut rester caché, puisque jusqu’à dans pas longtemps, ce n’est que en lui, interne, enfoui, caché, obscur et secret. Ça par exemple, il le sait, que cela doit rester secret, mais il ne sait pas le reste. Il ne le vois pas. Il ne s’étonne pas d’avoir ce palliatif, même si il sait qu’il ne doit pas dire que c’est son, donc, palliatif. Par contre, les images qu’ils voient, pour lui, elles sont réelles, normales, c’est la réalité, en tout cas une réalité possible, puisqu’elle est devant ses yeux. L’imagination criminelle développe l’imagination tout court, forcément. Et il à un imaginal très actif et explosif. Sauf que pour lui, ce n’est plus de l’imagination depuis ce matin, et ça ausi, il ne le sait pas.

Une fois dans la rue, il se dit « – Il est bien ce film, et les actrices jouent super bien. Il regarde le film tranquillement. Tient, en voilà une, d’actrice, qui rayonne. « – Oui, c’est ça, elle rayonne », pense-t-il. Il se met à la suivre dans le film, sauf que lui n’est pas acteur, lui il ne joue pas, ni elle remarque, mais ça, il ne le sait pas. Il continue à la suivre. Elle entre dans un petit bâtiment sans interphones, et dont la porte reste ouverte. « – Ça c’est une facilité de scénario indigne », éructe-t-il pour lui même. Il s’engouffre dans le batîment-tombeau pour elle malgré qu’il trouve ça trop facile. Mou le film quand même. Ça bouge pas. Il se met à courir, avance rapide. Il arrive au bout d’un couloir. Il y a une porte ouverte au bout, avec de la lumière. Il remet le film sur vitesse normale. Il s’approche discrètement. Il entends sa voix. Elle joue bien, c’est bluffant. Elle semble seule. Elle est au téléphone. À croire qu’il y a réellement quelqu’un au bout du fil tellement son jeu est juste. Il se met à coté de la porte à droite. Caché. Il l’écoute, les yeux fermés. Elle le transporte comme il aime, avec une conviction incroyable. Elle raccroche. Il se met debout devant la porte. Elle le voit. Encore un incroyable bluff : à croire qu’elle le voit vraiment, avec son 9 mm dans la main, et qu’elle reçoit vraiment une balle dans la tête.

FIN

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