Il n’emporte rien. Ça m’a étonné. Ils emportent tous quelque chose. Un trophée. Edmund Émile Kemper gardait les têtes de ses victimes et se sustentait sexuellement avec. Ils revivent leurs crimes avec ces trophées. Mais lui n’emporte rien. Nous avons fait le décompte plusieurs fois des effets des victimes car le trophée à une importante signification dans leurs fantasmes. Il ne manquait, semble-il, rien, mais je sais qu’il y a quelque chose qu’il fait, qu’il emporte, qu’il conserve. Nous avons découvert des traces de pas tout autour de la victime, mais pas seulement des traces de marche, des traces fixes, comme si il s’arrêtait pour regarder sa victime. Les victimes sont également déplacées à l’endroit même où elle se trouve, comme pour prendre des poses. Il les met en scène. Il essaie de coller au plus près de son fantasme. Ses crimes sont son œuvre, son spectacle. La scène de crime est son théâtre et il est l’acteur et le réalisateur, il a le contrôle total et absolu. Il doit écrire des scénarios et les mettre en œuvre. Il ne différencie pas fantasme et réalité, il ne ressent pas leurs souffrances, elles sont juste des objets du décor sanglant et pervers de son film mental. Il n’a aucune empathie, il est psychopathe. Reste qu’il n’emporte rien, et c’est très inhabituel.

La nuit est magnifique. Je ne supporterais pas de me trouver à cet instant en plein jour. Ce n’est pas les cris, la souffrance, le sang qui me gêne, c’est la lumière. Je suis bien dans mon ombre, et parfois même dans mes ténèbres. Ne serait ce le fait qu’elle est très abîmée physiquement, elle semble dormir, d’un sommeil apaisé après tout cela. Quand votre seule issue pour ne plus souffrir est souhaiter mourir, vous êtes bien content quand vous l’êtes. Je suis mon scénario et je la place de différentes façons, tantôt des façons dégradantes, tantôt des façons particulières. J’aime la position du fœtus. Avec le ventre vidé, c’est symbolique, très freudien. J’ai vidé ce ventre qui aurait pu contenir une descendance. Je me débarrasse d’elle et de son futur génital. Ces images sont gravées sur mes rétines. Je fais ce que peu font. Beaucoup aime l’imaginer, et le regarder même, mais peu franchisse le pas et réalise leurs fantasmes de sang. Le fait de montrer est aussi une façon de dégrader sa mémoire. Je veux même détruire son souvenir. Que le monde entier la voit souillée, vidée, morte, abîmée, massacrée. C’est sa punition et pour que les autres sachent que nul est à l’abri de ma folie. 

J’ai trouvé son trophée : il fait des films et des photos. Et il les diffusent.

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